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Daroul

[Non-officiel] Fan-fiction

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J'avais une idée de récit dans le monde de Mécamorphosis qui me trottait dans la tête ces derniers jours, et je me suis lancé à la faveur de journées de boulot encore plus chiantes que d'habitude.

 

Avant la lecture, merci de garder à l'esprit que je ne sais rien de plus de l'univers de Mecamorphosis que ce qui a été dévoilé par @Fred Henry sur ce même forum et que ce que j'écris va sans doute à l'encontre de l'idée qu'il se fait de son univers.

Cela dit, bonne lecture, et merci de vos remarques à venir.

 

Des jouets pas comme les autres.

 

Au début, Jonathan avait blâmé Benoit pour la disparition de ses jouets.


Mais tandis qu’il marchait dans les bois vêtu d’un gros blouson par-dessus son pyjama et armé d’une lampe torche aux piles défaillantes, il devait se rendre à l’évidence, quoiqu’à contrecœur : son frère cadet ne lui avait pas volé ses petites voitures.


Elles s’étaient volées toutes seules.


Perdu dans ses pensées, Jonathan faillit perdre de vue la batmobile qui avançait cahin-caha parmi les racines de pins et les branches mortes. Il allongea sa foulée sur quelques mètres pour rattraper le véhicule en métal, se figea quand ce dernier stoppa net son avancée.  Il profita d’un arbre plus large que les autres pour se cacher tandis que le véhicule miniature tournait sur lui-même, à la recherche d’un éventuel importun. Après quelques angoissantes minutes, le jouet se tourna vers le sud et reprit son chemin. Jonathan vérifia sur sa boussole qu’il partait bien dans la bonne direction et reprit sa filature silencieuse.


Jonathan s’était rendu compte que ses jouets disparaissaient une semaine plus tôt. Il en était sûr parce que ça correspondait au jour où son père était rentré de son travail tout pâle. Il toussait beaucoup, une toux grasse et profonde qui avait effrayé Jonathan et Benoit. Le paternel avait dit que ce n’était rien, juste une grosse bronchite. Ça n’avait pas rassuré les enfants. Leur mère était en voyage à l’étranger pour son entreprise, et ils ne savaient pas quoi faire pour aider leur père à aller mieux. Le lendemain matin, Jonathan avait remarqué que des voitures manquaient sur ses étagères.
Il en avait toute une collection, des petites voitures en métal, Hot Wheels, Majorette, et d’autres marques obscures. Il avait hérité tout ça de son grand-père, et il les exposait dans sa chambre avec fierté. Pas loin de deux cents véhicules, et sa mère lui en ramenait de ses voyages pour compléter sa collection. Et sûrement aussi pour s’excuser de ne pas être là souvent. Tous les samedis, Jonathan prenait une heure pour les regarder et les dépoussiérer, vérifier les roues, les contempler. Et les recompter. Il lui en manquait quatre. Sans doute un coup de Benoit, qui adorait la collection de son grand frère. Du haut de ses cinq ans, ces étagères renfermaient un véritable trésor qu’il était criminel de ne pas utiliser. Après tout, des jouets, c’est fait pour jouer, non ?
Jonathan était exaspéré. Mais avait décidé de ne pas sévir. D’habitude, il aurait débarqué en furie dans la chambre de son cadet, l’aurait copieusement tabassé et repris son bien. Cependant, avec les quintes terrifiantes de leur père, il comprenait que Benoit soit un peu déboussolé et avait peut-être besoin de réconfort. Si les voitures l’aidaient, tant mieux. Une fois la maladie paternelle passée, la vengeance pourrait prendre place.

Le lendemain matin, d’autres voitures manquaient. Et le surlendemain aussi. Tous les jours, de plus en plus disparaissaient. Jonathan avait mené une enquête discrète dans la chambre de son frère, en vain. La cachette était parfaite, impossible de mettre la main dessus. Il avait suivi Benoit pendant près de deux heures pendant qu’il jouait dans la maison et le jardin. Aucune preuve, aucun indice de l’endroit où les voitures étaient dissimulées.
La maladie de leur père s’aggravait. Leur tante Judith était passée voir si tout allait bien. Dès son entrée dans la maison, elle s’était couvert le nez et la bouche. Une odeur âcre flottait dans le salon, qui laissait un goût métallique sur la langue. Les enfants s’y habituaient. Ce qui était vraiment difficile, c’était la toux et les glaires. Leur père passait son temps plié en deux comme s’il allait vomir et parfois, une sorte de gros crachat noir lui sortait par la bouche. Il était pâle, avec les yeux cernés de noir. Il ne mangeait plus rien. La tante avait appelé un médecin, mais ils habitaient loin de la ville, et personne n’était venu. L’hôpital aussi était éloigné, et leur père ne voulait pas laisser les enfants seuls. Il avait refusé qu’on fasse venir une ambulance. Judith et lui s’étaient beaucoup disputés ce jour-là. Leur tante avait fini par téléphoner à leur mère, sa sœur. Maman s’était disputée aussi avec le père. A la fin, il avait accepté de prendre rendez-vous à l’hôpital, à condition que sa femme rentre de son voyage plus vite. Tout le monde s’était calmé. Leur père avait rendez-vous avec un médecin vendredi, et leur mère rentrerait jeudi soir. Comme on était mardi, ça voulait dire plus que deux jours à supporter la toux, et plus que deux jours avant de corriger Benoit pour ses larcins.
Le soir-même, la toux s’était aggravée et leur père était parti se coucher tôt, autant pour s’isoler que pour laisser ses enfants tranquilles. Jonathan et Benoit avaient joué un moment sans entrain dans la chambre du cadet et Benoit avait demandé s’il pouvait dormir avec son aîné. Ce dernier avait accepté sans hésiter. Lui aussi, un peu de chaleur et de compagnie lui ferait du bien. Le lit de Benoit étant plus grand, et plus confortable, ils s’étaient installés aussitôt leurs dents brossés et leurs pyjamas enfilés. Ils savaient qu’ils dormiraient mal, leur père toussait énormément. Benoit attrapa la main de Jonathan, et l’aîné sombra dans un demi-sommeil sans rêves.

 

Ce fut l’absence de bruit qui le réveilla. Plus de toux. Pas un son. Jonathan écarta doucement les doigts de son frère pour libérer sa main, et se glissa hors du lit sur la pointe des pieds. Quelques secondes plus tard, il se tenait dans le couloir, devant la chambre de ses parents, aux aguets. Inquiet. Plus de toux égalait guérison. Mais plus de toux pouvait aussi signifier plus de vie. Il murmura « papa » et sursauta au son de sa propre voix. Pas de réponse. Jonathan appela de nouveau, deux, trois fois, sans plus de succès. Et puis il entendit le bruit.
Cela venait de sa chambre, derrière lui. Des claquements et des craquements de plus en plus audibles à mesure qu’il leur prêtait attention. Jonathan hésita. Il devait vérifier si son père allait bien, mais il était terrifié par avance de le trouver mort. Et les bruits étaient inquiétants, mais il ne risquait pas de trouver de cadavre dans la pièce. Il se dirigea vers la chambre. Son père était sans doute juste endormi. En approchant la porte entrouverte, il se rendit à peine compte qu’il marchait sur une matière gluante qui recouvrait le parquet du couloir. S’il n’avait pas eu si peur, il se serait fait la remarque que cette surface collante s’étendait de la chambre de son père à la sienne, comme si une énorme limace avait glissé d’un endroit à l’autre.

 

D’une main tremblante, il poussa la porte et ce qu’il vit le laissa sans voix à mi-chemin entre l’émerveillement enfantin et la terreur pure.


Des tas de petites bêtes roses comme des crevettes pullulaient sur ses étagères. Elles étaient aussi petites que des limaces, sauf trois beaucoup plus grosses. Elles s’affairaient par petits groupes autour des voiturettes. Elles les coupaient en morceaux, dieu sait comment. Elles laissaient les roues et le bas de caisse en plastique sur le côté, et venaient coller de petites plaques de métal sur l’une d’entre elles, comme si elles assemblaient une nouvelle carrosserie sur le squelette d’une voiture. Après quelques minutes, la limace était couverte d’une armure, et s’élançait. Jonathan en suivit une des yeux qui descendait une étagère en cavalant sur le mur comme un cloporte, escaladait le rebord de la fenêtre et disparaissait dans la nuit. Quant aux limaces qui l’avaient habillé de métal, elles se dirigeaient déjà vers un autre groupe pour le renforcer et accélérer le travail. Le temps que Jonathan recouvre un semblant de raison, une vingtaine de ses voitures s’étaient échappées par la fenêtre. Le garçon recula d’un pas, laissa échapper un gémissement  qu’il regretta aussitôt. L’un des monstres les plus gros pivota vers lui à une vitesse stupéfiante en avançant vers le bord d’une étagère. Elle redressa ce qui était peut-être sa tête et resta ainsi de longues secondes. Mais que ce soit la chance, l’obscurité, ou la décision que Jonathan ne présentait pas de danger, la limace retourna enfin à sa position initiale, près du joyau de la collection de Jonathan. Une authentique batmobile, modèle grand format, de près de trente centimètres de long. Noire comme la nuit, l’allure d’un prédateur. Et le nouvel habit de l’une des grosses limaces.
Le garçon les observa dépecer le jouet sans oser réagir. Il sentait au fond de lui que l’événement auquel il assistait, aussi phénoménal soit-il, n’en était pas moins dangereux.  Une terreur primale, remontant à l’aube de l’humanité et inscrite dans son ADN. Il était aussi terrifié que le premier homme à avoir vu le feu.
Le ballet des voitures continua près d’une heure. Jonathan n’osait toujours pas bouger. Une fois leur tâche achevée, certaines limaces tournaient en rond, désœuvrées. D’autres perdaient peu à peu leur couleur chair pour virer à un gris maladif et frétillaient avec frénésie avant de s’immobiliser tout à fait. Le garçon en déduisit qu’elles mouraient. Peut-être que le métal des jouets servait de scaphandre aux autres, et beaucoup se sacrifiaient pour que quelques-unes survivent ? Un bruit plus fort que les autres lui fit lever les yeux vers la batmobile. Déformée à en être méconnaissable, celle-ci se déplaçait sur le mur. Le cliquetis de dizaines de pattes émergeant de l’ancienne carrosserie était le seul son à briser le silence. Quand la voiture disparut par la fenêtre, dernière de son espèce à quitter la chambre, Jonathan fut pris de violents tremblements. Pendant près d’une minute, il ne put s’empêcher de claquer des dents. Ce fut la sensation de liquide chaud coulant le long de sa jambe qui le sortit de sa léthargie.
Il s’avança d’un mètre, regarda le cimetière qu’étaient devenues ses étagères. Des carcasses en plastique jonchaient le plancher et les supports. Des dizaines de limaces se ratatinaient au milieu des roues démontées et des bas de caisse défoncés. Ce fut un électrochoc. Ces monstres avaient saccagé sa collection, et il ne pouvait pas laisser passer un affront pareil ! Il se rua dans l’escalier sans même un regard vers la chambre paternelle ou une pensée pour son frère endormi. Il attrapa son blouson en passant la porte, sortit, se ravisa et retourna chercher la boussole avec laquelle il jouait à l’explorateur et la lampe torche de la cuisine.


Il n’avait pas eu de mal à retrouver la trace des jouets.  La pleine lune l’avait aidé à apercevoir la batmobile traverser le jardin en direction des bois proches. Elle avançait avec lenteur, comme un petit vieux perclus d’arthrite, mais aussi déterminée que le véritable véhicule du super-héros de Gotham.


Et après pas loin de vingt minutes de marche dans des sous-bois odorants et des clairières sinistres, la batmobile passa par-dessus un talus et disparut à la vue de Jonathan. Ce dernier connaissait pas trop mal les bois, mais de nuit, tout était différent. Difficile de dire où il était avec exactitude, mais il ne pouvait pas être très loin de la cité des peupliers, qui était de l’autre côté de la forêt par rapport à sa maison. Il décida de s’accroupir et de gravir le talus pour voir de l’autre côté.


Il hurla quand il vit ce qui était en contrebas, et détala sans demander son reste.


Après quelques minutes de course dans les bois, il buta contre un arbre et s’étala de tout son long. Des étoiles dansèrent devant ses yeux tandis qu’une vive douleur au genou lui arrachait un cri. Tout près, la lampe torche clignota avant de rendre l’âme. Il resta assis un moment en se tenant l’articulation à deux mains. Les images horribles harcelaient son esprit comme des mouches. Il ferma les yeux très fort pour ne plus y penser, mais c’était peine perdue.


Il revoyait l’énorme masse rose et grise qui gisait vingt mètres derrière le talus, cachée aux regards par les arbres. Le monstre gigotait avec une grâce démente, comme ondulant de douleur et de plaisir à la fois. L’aspect général était celui d’une limace, comme celles de la chambre de Jonathan, mais mille fois plus grosse. L’une de ses extrémités était pointée vers le ciel et ondoyait avec une lenteur obscène. Une partie de la créature était couverte de métal. Tout cela était déjà bien assez terrifiant pour Jonathan, mais ce qui le fit basculer dans la terreur, se trouvait tout autour du monstre.
Des centaines de minuscules créatures de métal bougeaient tout autour en un ballet incompréhensible mais ordonné. Des nuées partaient vers les maisons plus loin tandis que d’autres revenaient chargées de matériaux. Là, une portière de voiture en métal. Ici, ce qui ressemblait à un tronçon de lampadaire. Plus loin, un portail en métal était découpé et réassemblé en sections à la fonction mystérieuses avant d’être amené près de l’énorme créature. On aurait dit une armée de cloportes qui s’affairaient autour de leur roi, du moins s’il existait un roi pour les cloportes.


Jonathan se releva avec précaution pour tester son genou. La douleur était encore forte, mais supportable. Il rassembla son courage. Il fallait retourner à la maison et prévenir tout le monde. Son frère, son père, sa mère, la police. Tout le monde. Des adultes devaient se pencher sur cette affaire et si possible, lui récupérer ses voitures. Ou les lui rembourser. Clopin-clopant, il marcha en direction de la maison. Il avait fait le tiers du chemin quand il entendit le vrombissement. Léger d’abord et de plus en plus fort. Jonathan essaya bien d’accélérer pour s’éloigner de ce bruit qui venait de derrière lui, sans succès. Avec son genou en vrac, en pleine nuit sans lumière, il ne pouvait au mieux que boiter et trébucher. La chose qui vrombissait le rattrapa sans difficultés et le dépassa carrément avant de s’immobiliser.
Des X-Wing. Tout un escadron de X-Wing.  Ou plutôt, des caricatures de vaisseaux d’assaut. Ce que Jonathan avait devant lui ressemblait à des guêpes ou des frelons habillés de modèles réduits en métal de chasseurs spatiaux. Le vrombissement venait des ailes qui s’agitaient à toute allure. La dizaine d’insectes mécaniques flotta ainsi devant un Jonathan hypnotisé pendant une bonne minute avant que le garçon ne ressente une piqure sur son mollet. Il baissa les yeux pour découvrir plusieurs de ses jouets qui tournaient autour de lui et escaladaient ses chaussures. Il ouvrit la bouche pour crier, rien ne sortit. Il secoua sa jambe blessée, la douleur lui arracha une grimace. Deux voitures tombèrent et se roulèrent en boule, comme de vrais cloportes le feraient. Mais bien vite, les monstres se déployèrent de nouveau et reprirent leur ascension des jambes de leur proie. Jonathan voulut les chasser de la main, mais le vrombissement se fit soudain plus fort.
Il eut à peine le temps de relever la tête que l’un des frelons lui percuta le front avec violence, suivi d’un autre qui le toucha à la gorge. Un gargouillis pathétique franchit les lèvres du garçon et il sombra dans l’inconscience.


Il rouvrit les yeux après une éternité, ou quelques minutes, difficile à dire. Hébété, il tourna la tête à gauche et droite. Il était à quelques mètres de l’énorme limace de tout à l’heure, qui continuait sa danse sinistre au clair de lune. Plusieurs heures devaient en fait s’être écoulées depuis l’évanouissement de Jonathan, parce que la créature était presque complètement couverte de métal. Et effectivement, ça ressemblait à un énorme cloporte avec des dizaines de pattes. Il n’y avait plus que peu de jouets en métal autour du monstre. Où étaient-ils partis ? Vers un autre de leur congénère à la taille démesurée ? Et puis Jonathan remarqua qu’il bougeait en direction du cloporte géant, ce qui était bizarre parce qu’il était allongé sur le sol.
Ou plutôt, sur un tapis d’insectes couverts de métal qui l’amenaient vers le monstre. Vers sa mort. Il cessa alors de s’interroger pour se laisser aller à une terreur absolue et hurlante.


Un peu plus loin, la batmobile observa quelques instants le repas du gigantesque monstre avant de se détourner vers les maisons plus loin, à l’unisson de tous les jouets à l’abri sous les arbres. Le cortège macabre de jouets se mit en route. Un seul maigre repas ne suffirait pas. Il fallait satisfaire la faim.


 

 

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