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[Fanfic] Chroniques ordinaires de Gotham


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Chronique 1: Un futur héros

Pascal Pentacle (15/01/2023)

« Apportez-moi un café et vous clôturerez ensuite le dossier de Monsieur Henry avant de partir, Jason ! »

-Jerry, Monsieur. Moi, c’est Jerry. Je vous avais demandé pour partir plus tôt aujourd’hui… Le spectacle de mon fils !

-C’est votre problème, Jenny. Apportez-moi mon café !

Rongeant son frein, Jerry ferma délicatement la porte du bureau de son patron. Son regard se porta au loin par l’imposante baie vitrée de ce trente-cinquième étage qui offrait une vue à couper le souffle sur Gotham City. La nuit tombait et les lumières de la ville formaient un halo évanescent.

Cinq ans que Jerry travaillait dans ce bureau de courtage. Cinq ans et son patron ne connaissait toujours pas son nom, se dit-il. Il pourrait faire un effort. Le respecter ! Pourtant Jerry faisait tout pour être un employé modèle, mais il n’osait pas le dire.

Jerry n’était pas courageux.
A raison ! Son beau-frère avait osé se plaindre des tâches qu’il effectuait chez ACE Chemicals. Malgré quinze années de bons et loyaux services, il avait été renvoyé sur le champ. A présent, il avait tout perdu et dormait dans le canapé de Jerry.

Il se dirigeait vers la machine à café de luxe, perdu dans ses pensées, lorsque la vitre vola en éclat et qu’une silhouette roula sur la moquette, entre les bris de verre.

-Trop mortel, lâcha Kite Man en se relevant ! Mesdames et messieurs, veuillez-vous allonger sur le sol, mains sur la tête, ceci est un cambriolage.

Jerry se coucha précautionneusement, là où il se trouvait.

Jerry n’était pas courageux.

A raison ! Sa sœur était décédée, 3 ans plus tôt, d’une balle perdue, lors d’un affrontement titanesque entre Deathstroke et Deadshot, laissant son mari seul. Mari qui dormait depuis des mois dans le canapé de Jerry.

Et pourtant, Jerry sentait une colère profonde naître en lui. Une colère pour le manque de respect de son patron. Une colère pour le licenciement de son beau-frère. Une colère pour le meurtre de sa sœur. Une colère contre tous ces détraqués qui pourrissaient sa ville.

Lentement, il se redressa, fouillant de la main la surface du bureau à côté duquel il s’était allongé. Ses doigts s’arrêtèrent sur un presse papier en forme de monolithe noir. Cela fera l’affaire !

Occupé à détrousser les employés, Kite Man ne l’entendit pas approcher. Un mouvement tombant du bras, un « bong » sonore et le Vilain s’effondra, inconscient.

-Trop mortel, connard, souffla Jerry.

Debout, au-dessus du corps de Kite Man, face à la fenêtre brisée, Jerry regarda les nuages reflétant un signal lumineux en forme de chauve-souris.
Plus jamais il n’aura peur.

-Alors Wally, mon café, c’est pour aujourd’hui ou pour demain, cria le patron, derrière sa porte toujours fermée.

-Tout de suite, Monsieur.

Non, décidément, Jerry n’était pas courageux !

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Chronique 2: Une victime ordinaire 

Pascal Pentacle (22/01/2023) 

Abbie réfréna un fou rire en se remémorant le bon mot de Jerry lorsqu'il assomma Kite Man à l'aide d'un presse-papier. Il n'avait jamais été aussi séduisant qu'à ce moment, dressé, fier, au-dessus du corps du vilain affalé dans une posture ridicule, la face contre terre et les fesses en l'air. 

Abbie pouffa une nouvelle fois.

Elle s'était sentie attirée par cet homme simple depuis son premier jour au bureau de courtage. Malheureusement, Jerry, de nature discrète et ombrageuse, ne semblait pas la remarquer. Les rares fois où il lui avait adressée la parole pour autre chose que le travail, c'était pour se plaindre des injustices que Gotham lui faisait subir, à lui et à sa famille.

Mais ce soir, il avait cette lumière dans les yeux quand leurs regards s'étaient croisés alors qu'ils ramassaient les débris de verre qui jonchaient le sol. Sous le charme, elle était restée pour l'aider à clore le dossier de Monsieur Henry et attendre le verrier. Leurs mains s'étaient même frolées à plusieurs reprises.

S'empourprant, Abbie lâcha un petit rire gêné.

-Alors, on s'est perdu dans Crime Alley, ma jolie ? fit une voix rauque dans les ténèbres sur sa gauche.

Crime Alley ? À cette heure ? La sotte ! Charmée par sa soirée, elle avait perdu la notion du temps et laissé ses pas la guider sur le chemin le plus court. Ses poils se hérissèrent et une sueur froide la parcourut.

Abbie ne rigolait plus.

L'homme sortit de l'obscurité. Une doudoune sans manche d'un orange passé recouvrait un empilement de vêtements sales. La lumière blafarde de la lune se refléta dans un éclat argenté sur la lame du cran d'arrêt qu'il brandissait dans sa main droite. Une étincelle mauvaise brillait dans ses yeux alors qu'un sourire malsain agitait sa barbe épaisse. L'homme anticipait la suite des événements avec sa frêle victime.

Soudain, Abbie se tendit, le regard porté au loin, d'un air de défis. L'homme tourna la tête et scruta le ciel, inquiet. Sur les nuages, un rond de lumière laissait apparaître la silhouette d'une chauve-souris. Le chevalier noir était de sortie. Et puis, le malfrat vit ce que sa victime regardait. Une silhouette d'un noir intense, à la cape imposante, se découpait dans la nuit, semblant voler de toits en toits. La peur s'empara de lui et il fit un pas en arrière pour se fondre dans le décor.

Les yeux d'Abbie pétillaient d'espoir. La femme anticipait son sauvetage par un justicier musclé.

La silhouette poursuivit sa course effrénée et dépassa Crime Alley.

Le épaules d'Abbie s'affaissèrent alors que son agresseur reporta son attention sur elle.

-Les vilains sont de sorties, ma jolie! Il n'a pas de temps à te consacrer… par contre, moi !

D'un revers du bras, l'homme la frappa au visage. Sonnée, Abbie chancela, des points blancs dansant devant ses yeux.

Soudain, les lumières de phares remplirent la rue, ainsi que les éclats bleus et rouges d'un gyrophare. Un coup de sirène figea la scène avant qu'un policier ne surgisse du véhicule.

-Police de Gotham, pas un geste, hurla l'agent !

Sans demander son reste, l'homme prit la fuite en lâchant un juron.

Quelques instants plus tard, le policier aidait Abbie à se redresser.

-Ça va aller, mademoiselle ?

-C'est horrible, monsieur l'agent, il m'a frappé au visage et s'apprêtait à… je n'ose imaginer quoi d'autre.

-Vous vous en sortez bien, mademoiselle, répondit l'agent, c'est ici que les parents de Bruce Wayne furent assassinés. Vous voyez, cela aurait pu être pire ! Je dois y aller. N'hésitez pas à passer demain matin au commissariat central pour porter plainte. 

Le policier repartit, laissant Abbie, le visage brûlant sous les larmes, seule, tremblante et désespérée.

-Allô Central, Patrouille 273, intervention terminée. A vous.

La radio du véhicule grésilla.

-Bien reçu, patrouille 273. Batman nous signale encore trois agressions en cours dans votre secteur. Je vous envoie les coordonnées de la suivante.

Les vilains sont de sortie, se dit l'agent Jimenez en enfonçant l'accélérateur.

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Chronique 3 : un rêve de gosse

Pascal Pentacle (4/2/2023)

- Alors, Jim, la nuit dernière a été longue ?

L'agent Jimenez détestait qu'on l'appelle Jim. C'était également le surnom du commissaire Gordon. L'étiquette de bon élève lui collait déjà assez à la peau depuis l'académie de Police.

Appuyé sur le rebord de la fenêtre du véhicule de patrouille de son collègue, il accepta le gobelet de café que celui-ci lui tendit d'un air affable.

-L'enfer, je ne te raconte pas. À croire que quand les psychopathes sortent cela fait remonter toute la boue des bas-fonds de Gotham. J'ai enchaîné les interventions à un rythme effréné.

La radio du véhicule grésilla :

- À toutes les patrouilles, attaque à main armée dans une banque à l'angle de…

- Bordel, c'est tout prêt !

Jimenez avala une grande gorgée de café brûlant et jeta le gobelet alors que son collègue démarrait en trombe.

Il se précipita vers son propre véhicule, ouvrit la portière et remonta son ceinturon pour s'asseoir lorsqu'il sentit quelque chose de froid et dur s'appuyer à l'arrière de son crâne.

- Fais-le bon choix, poulet ! éructa une voix rocailleuse dans son dos. Tu as une chance sur deux de t'en sortir.

S'ensuivirent un bruit mat, un borborygme et la pression qui se relâchait sur sa nuque.

Précautionneusement, l'agent Jimenez se retourna.

Il n'en crut pas ses yeux. Un gamin d'une petite dizaine d'années, en survêtement de sport et épaulière de foot, malmenait avec ses tonfas, deux brutes en costumes noirs et blancs. Un enchaînement porté aux torses et aux tempes envoya un premier truand au tapis. D'un salto arrière, le gamin cueillit du talon le second au menton avant de se rétablir devant Jimenez. Campé fermement sur ses deux jambes, en une posture de défi, son visage poupin arborait un large sourire. Un R peint au pochoir décorait son épaulière.

- On recrute les Robins au berceau, maintenant ? Fit l'agent, narquois.

- Oui, répondit le gamin avant de se reprendre. Enfin non.. Enfin pas encore. J'ai toujours rêvé de les rejoindre. Je m'entraîne dur pour y arriver, m'sieur l'agent.

- Je vois ça ! Attention…

L'un de truands groggy retrouvait ses esprits en même temps que son pistolet-mitrailleur. Il en redressa le canon et pressa la gâchette. D'une agile roulade, le gosse évita la rafale et se rapprocha de l'homme à qui il assena de ses tonfas une volée de coups à la tempe. Celui-ci s'affaissa, définitivement KO.

- Il l'a pas volée, hein, m'sieur l'agent ! M'sieur l'agent?

Jimenez avait glissé au sol, à peine retenu par la porte ouverte de son véhicule.

Le gamin se précipita pour l'aider et remarqua la tâche sombre et humide qui maculait l'uniforme du policier.

Des larmes lui montèrent aux yeux, alors qu'il tentait d'appeler au secours, d'une voix éraillée.

- Je ne voulais pas ça, je vous jure ! Je voulais juste aider. Je ne voulais pas ça ! Je me ferai pardonner, m'sieur l'agent. Je serai policier, pour vous venger. J'en ai toujours rêvé !

Un bruit de sirène résonnait au loin alors que les deux truands déguerpissaient ventre à terre.

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Chronique 4 : La double face des jumeaux
Pascal Pentacle (24/2/2023)
Haletant, Karl s'appuya contre le mur en briques rouges d'un cul-de-sac étroit qui séparait deux immeubles.
-Bordel, j'en reviens pas ! On s'est fait botter le cul par un morveux, cracha-t-il de sa voix grave !
Son frère jumeau, Jurgen, reprenait son souffle, plié en deux, les mains sur les genoux.
Les beaux costumes noirs et blancs offerts par Double Face étaient maculés de sang… Le leur. Karl bascula la tête en arrière en se pinçant le nez pour tenter d'en stopper le saignement.
Jurgen, entre deux respirations rauques, renchérit : -Le monde devient fou, frérot. En plus, on a loupé le braquage. Sur ce coup, si on retourne chez 'Face, on a une chance sur deux de se faire buter.
Les sirènes des voitures de police résonnaient au loin, autour de la banque qui venait de se faire attaquer. Ils étaient attentifs à ce qu'elles restent suffisamment lointaines.
-J'ai pas compris ce que tu as foutu, Jurg'. Tu devais neutraliser le garde. Comment a-t-il pu appuyer sur ce putain de bouton ?
Un silence gêné s'installa entre les deux frères.
D'un coup de reins, Karl s'éloigna du mur et vint se camper devant son jumeau.
-T'as rien à dire pour te justifier, Jurg'? T'es plus loquace d'habitude !
-Y-a pas que Double Face, frérot! J'ai reçu une autre proposition.
Une voiture de police passa en trombe dans l'avenue principale. Les deux truands se tournèrent, dos à la rue, l'air de rien, pour ne pas être remarqués. Le véhicule passé, Karl reprit.
-Tu déconnes ! Tu as fait foirer exprès le casse. Là, on est mort, à tous les coups !
-C'est une proposition sérieuse de quelqu'un qui est depuis beaucoup plus longtemps dans le business. C'est une putain d'opportunité, comme il n'en arrive qu'une fois dans une vie.
-Tu m'as dit la même chose quand nous avons intégré la bande de Double Face. C'était "easy game" pour des jumeaux… Une nouvelle famille, tu m'as dit. Et maintenant, c'est le divorce ? Les parents se disputent la garde des enfants ? L'histoire se répète, non ? Et d'abord, c'est avec qui ton nouveau plan ?
Lentement, Jurgen retira une enveloppe de la poche intérieure de sa veste. Le papier en était mauve, couvert d'une écriture irrégulière tracée à l'encre verte.
-Oh non non non non. Là, je ne te suis pas ! C'est déjà compliqué avec un boss à moitié fou. Alors, avec ce dingue de Joker, n'y pense même pas.
-C'est du sérieux, j'te dis, frérot ! Il est réglo. C'est le paiement pour notre première mission et notre prime d'embauche. Le Joker m'a expressément dit de l'ouvrir avec toi. Regarde comme elle est épaisse. On est riche !
L'œil exalté, la brute secouait l'enveloppe dans l'air. Karl recula, les mains tendues.
-Pose ça, Jurg'. Nous allons tout expliquer à Double Face, je suis certain qu'il saura quoi faire. Je t'en prie, pose ça !
-Ce que tu peux être chiant, frérot ! Tu es pareil à tous ces moutons… Totalement incapable de voir les possibilités. Mais moi, j'en suis capable, il me l'a dit. Il m'a dit qu'il me destinait à de grandes choses.
Karl paniqua. Il savait que, s'il n'était pas très malin par rapport à la norme, il était le plus intelligent des deux… Et de loin. Il voyait bien que le clown de Gotham avait complètement retourné la tête de son jumeau. Et son instinct lui criait que ce n'était pas bon.
-Je ne retourne pas chez 'Face ! Si tu n'es pas d'accord, va te faire foutre, je garde tout pour moi !
D'un geste ample, Jurgen déchira l'enveloppe, avec un air avide de convoitise.
Dans un sifflement aigu, un gaz vert se répandit autour de sa tête et emplit une partie de l'air de la ruelle étroite. Karl tourna les talons et courut, en dépit du risque de se faire repérer par le GCPD.
Derrière lui un rire dément s'échappait de la gorge de son frère.

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Chronique 5 : Un futur héros 2
Pascal Pentacle (1/4/2023)
Jerry râlait en frottant la tache de moutarde sur le tweed gris de sa jambe de pantalon.
Le vendeur de rue de hot dogs aurait pu faire attention en chargeant la sauce dans le pain. Il devait savoir que ses clients étaient des personnes importantes qui mangeaient à la sauvette avant de retourner au travail. C’était son métier de le savoir.
Jerry était en colère.
D’accord, lui, il ne retournerait pas au travail après avoir englouti son hot dog.
Il n’avait plus de travail !
La veille, après son action d’éclat contre le Vilain, il avait clôturé le dossier de Monsieur Henry et attendu le verrier avant de partir, ratant le spectacle de son fils. Pour couronner le tout, cette collaboratrice collante, Abbie, était restée pour l’aider alors qu’il n’avait rien demandé.
Jerry n’avait besoin d’aide de personne.
Malgré tout, ce matin, son patron l’avait convoqué et signifié que son attitude avait mis tout le bureau en danger, qu’il pouvait prendre ses affaires et partir. Affaires qui se trouvaient à présent dans un carton posé sur le trottoir à côté de lui.
Comment allait-il subvenir aux besoins de son fils et de son beau-frère, à présent ?
Et ces sirènes de police au loin qui ne cessent de lui prendre la tête !
Heureusement, Abbie était absente, sinon elle l’aurait accompagnée de l’un de ses regards d’épagneul battu qui le mettait hors de lui.
Jerry en était là dans ses ruminations lorsqu’une grosse berline déboula dans la rue en faisant crisser ses pneus. Un gangster en costume bicolore dépassait de la fenêtre, côté passager, surveillant ses arrières, un Uzi à la main.
Partout, dans la rue, les badauds fuyaient, paniqués, pour se mettre à l’abri.
Jerry eut un pas de recul. Son mollet rencontra la caisse contenant ses affaires et bascula en arrière. Son Hot Dog lui échappa des mains, traversa les airs, avant de s’écraser sur le pare-brise du bolide en fuite, dessinant une jolie rosace jaune et rouge.
Le conducteur, surpris, braqua, heurta deux véhicules en stationnement, décapita une borne d’incendie qui libéra instantanément son geyser, pour finir brutalement sa course contre la vitrine d’un magasin de vêtements.
Confus, Jerry se releva et se dirigea sans réfléchir vers le véhicule accidenté. Éclaboussé par la fontaine d’eau, il se porta à hauteur du conducteur et jeta un coup d’œil rapide. Le gangster derrière le volant s’était fracassé la tête lors du choc. Du sang se répandait sur son pantalon à la ceinture duquel était enfoncé un pistolet. Côté passager, le second truand pendait mollement de part et d’autre de la fenêtre.
Dans un hurlement de sirène, un véhicule du GCPD pila et deux policiers s’en extirpèrent, arme à la main.
- GCPD, aboya l’un d’eux, éloignez-vous du véhicule !
- Je regardais juste pour apporter les premiers soins, bredouilla Jerry en reculant les mains en l’air.
- Circulez, nous nous en occupons.
Jerry s’éloigna prestement alors que les deux policiers se portaient à hauteur de l’habitacle.
Discrètement, il rajusta sa chemise par-dessus le pistolet qu’il venait de glisser à la ceinture.
Jerry n’aura plus jamais besoin d’aide de personne !

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  • 2 months later...

Chronique 6 :Une victime ordinaire 2

Pascal Pentacle (13/6/2023)

Abbie était scandalisée. Malgré son héroïsme et son dévouement, Jerry avait été viré. Cet employé modèle avait été contraint de réunir ses affaires dans un carton et à quitté le bureau, sans même lui laisser un mot. Pourtant la veille avant son…accident, elle avait bien senti que quelque chose se passait entre eux. Une alchimie secrète les liait. À présent, au comble du désespoir, elle arpentait le quartier à sa recherche, au risque de perdre son propre emploi. Mais cela n'avait aucune importance. Qu'était-ce que la pauvreté, si elle la vivait dans les bras de Jerry.

Essoufflée d'avoir couru comme un poulet sans tête, elle se posa quelques instants sur un des bancs encerclant une place piétonnière. Devant elle, des enfants s'ébrouaient dans une fontaine publique, éclaboussant les passants courroucés.

Aaaaah l'insouciance de la jeunesse.

Abbie craignait que les évènements de la veille lui ait fait définitivement perdre la sienne. Au loin, le bruit des sirènes du GCPD contrastait avec la quiétude des lieux. C'était ça Gotham : une ville de crimes et de désespoirs où la vie s'évertuait à proliférer avec obstination. Chacun luttait pour un bonheur illusoire en espérant secrètement que seuls ses voisins seraient fauchés lors du prochain cataclysme provoqué par un clown tueur ou un épouvantail psychopathe. Abbie réalisa que ce combat ne se faisait même pas au nom d'un espoir de jours meilleurs ou d'une bonne étoile. Il n'était que l'expression de la résignation fataliste de tous les habitants de ce gouffre de néant. Ces enfants jouant dans l'eau, malgré leur bonheur insouciant, ne dérogeraient pas à la règle.

Un froid glacial lui enserra le cœur.

Après un temps qui lui sembla une éternité, elle décida à reprendre sa recherche de Jerry. Parcourant les avenues, les rues et les allées, elle commença à se dire que sa recherche était vaine et qu'elle aurait plus de chance de retrouver son preux chevalier en demandant directement son adresse aux ressources humaines du bureau. Quelle cruche, se maugréa-t-elle! Elle s'était précipitée en une folle course poursuite, plutôt que d'utiliser sa tête. Elle allait faire demi-tour, lorsqu'un sanglot attira son attention. Guidée par le bruit elle découvrit une frêle créature recroquevillée entre deux poubelles.

- Et bien, mon petit bonhomme, que se passe-t-il ?

Elle aida le gamin à se redresser et constata qu'il était affublé d'un costume de superhéros digne d'une fête scolaire. Un R peint au pochoir trônait sur le plastron.

- Qu'avons-nous là comme drôle d'oiseau tombé du nid. Tu es perdu ? Où sont tes parents ?

- Il ne sont pas là, m'dame, répondit l'enfant en reniflant bruyamment. Maman a quitté Gotham pour Metropolis quand j'étais petit. Papa ne s'occupe plus de moi depuis que tatie Agatha est morte d'une balle perdue.

- Pauvre petit moineau ! Je suis certaine que ton papa t'aime très fort.

- Je ne sais pas, m'dame. Hier, j'avais un spectacle de mon club de self-défense. J'y jouais un Robin. Je m'étais beaucoup entraîné et je faisais des trucs trop super. Papa n'est même pas venu. Il est rentré super tard. C'est mon tonton qui est venu me chercher, bien après que tout le monde soit parti. Mon papa, lui, s'en fout de moi.

Abbie ne savait pas quoi répondre tellement la vie de ce gamin était triste. Certains hommes étaient vraiment irresponsables. Elle avait la certitude que Jerry, lui, n'était pas comme ça. D'ailleurs, était-il père ? Abbie dut bien reconnaître qu'elle l'ignorait.

L'enfant prit son silence gêné comme une invitation à poursuivre.

- Alors, ce matin, j'ai décidé d'aller impressionner papa au travail. De lui montrer ce dont j'étais capable. C'est à ce moment que j'ai rencontré le policier.

Le garçon fondit en larmes.

- Je vois, il t'a grondé, car tu n'étais pas à l'école. Tu sais, c'est leur travail et…

- Non, l'interrompit-il, le nez débordant de morve, je l'ai tué.

Nouveau silence gêné. Une nouvelle fois, Abbie ne savait pas quoi répondre. Elle finit par marmonner un "je suis certaine que ce n'est pas de ta faute."

Finalement, ce gosse la mettait mal à l'aise. Elle décida de reprendre ses recherches. Elle le salua de la main, accompagnant le geste d'un "salut" et s'en alla rapidement, indifférente aux sanglots dans son dos. Elle n'avait pas la conscience tranquille. Ce n'était qu'un enfant. Mais son instinct lui hurlait qu'il était potentiellement dangereux. Le coin de la rue passé, elle sentit une tension se relâcher. La menace était écartée.

- Ça va, poulette ?

Ses cheveux se hérissèrent. Elle se retourna pour faire face à deux jeunes hommes, plutôt bien mis. L'un laissait nonchalamment se balancer une batte de baseball d'avant en arrière. Alors que le second, qui se décolla du mur d'un coup de rein, éprouvait du pousse le tranchant de la lame. Geste qu'Abbie trouva irresponsable, s'il ne voulait pas se couper. À leur air goguenard, elle comprit instantanément de quoi il en retournait et une immense lassitude l'envahit. Non, elle n'aurait plus peur ! Non, elle ne serait plus jamais une victime ! Il fallait qu'elle réagisse. Elle sera les poings et chercha la force en elle.

- Tenez, prenez mon sac à main, tout ce que j'ai est dedans, lança-t-elle avec aplomb en fourrant son sac dans les mains du jeune au couteau.

Dans la foulée, elle se détourna et s'en alla aussi vite que ce que les tremblements de son corps lui permettaient. Abbie était fière, elle avait fait face à l'adversité. D'accord, elle allait avoir de nombreuses démarches administratives à accomplir, mais elle avait réagi. Un "M'dame" timide, dans son dos, la fit sursauter.

- Quoi encore ! dit-elle en faisant volte-face !

C'était une nouvelle fois ce gamin en costume ridicule et probablement dangereux.

- J'ai récupéré ça pour vous, m'dame !

Il lui tendait son sac-à-main avec un sourire radieux.

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Chronique 7 : Un rêve de gosse 2

Pascal Pentacle (18/07/2023)

 

Jimenez reprit connaissance avec un goût amer dans la bouche. Il y avait des dizaines d'explications à cela : le sang, les médicaments, ne rien avoir bu ni mangé depuis des heures, le tuyau qui enflammait sa gorge… mais le plus probable était l'amertume qu'il ressentait à s'être fait tirer dessus. Sa carrière de flic ne ressemblait pas du tout à son rêve de gosse. Il referma les yeux en se remémorant ce moment béni où il avait décidé de devenir policier. C'était à Métropolis, peu de temps avant que son père ne soit muté à Gotham. En ce temps, ce dernier était affecté à l'entretien de la Metropolis Mercantile Bank, un bâtiment majestueux tout en colonnes et en marbres. Ce jour-là, sa maman voulut faire une surprise en allant chercher son papa au travail. Sur les lieux, ils découvrirent qu'un braquage était en cours. Le petit Jimenez connut la plus grande frayeur de sa vie. Des voitures de police encadraient l'entrée de l'établissement, projetant leurs myriades de lumières bleues et rouges sur la façade. Les brigands sortirent sous le feu nourri des forces de l'ordre, les forçant à se barricader. C'est à ce moment qu'il arriva à une vitesse fulgurante, sa cape claquant au vent, alors qu'il s'interposait entre les protagonistes. Superman. Les gangsters neutralisés, les policiers évacuèrent la banque. C'est à ce moment que son papa sortit, tremblant de peur, aidé par un agent en civil présent sur les lieux au moment de l'attaque et qui l'avait protégé des malfrats. Alors que sa maman remerciait le bienfaiteur de son mari et que Jimenez serrait son père dans ses bras, la silhouette massive de l'Homme d'Acier vint se poser à leurs côtés. Il félicita l'agent, trouva quelques mots d'encouragement pour ses parents et ébouriffa la tête du bambin avant de se détourner, comme à l'écoute d'un bruit lointain et de disparaître dans un bang supersonique. À partir de ce moment, tout dans la vie de Jimenez ne tendit plus que vers un seul but : intégrer la police, même si cela devait être celle de Gotham.

Mais Gotham était un corps malade contaminant tout ce qu'il touchait. Les idéaux se tenaient loin de ses artères où s'écoulait un sang noir de corruption, de violence et de désespoir.

À propos de corps, celui de Jimenez le faisait fortement déguster. Lentement, le visage en sueur, il se tourna pour scruter les appareils auxquels il était raccordé, cherchant à comprendre pourquoi sa douleur était aussi présente. Il en trouva rapidement la cause. Le piston d'une pompe à morphine était arrivé en butée en dessous d'une lumière rouge clignotant frénétiquement. Jimenez glissa sa main vers la petite télécommande accrochée au rebord du lit et appuya sur le gros bouton d'appel d'urgence. Crispé par la douleur, il anticipa l'arrivée d'une infirmière, s'agitant comme une tornade autour de lui, prodiguant des mots de réconfort d'une voix atone. Pourtant au bout de longues minutes, rien ne se produisit de tout cela. Il appuya une nouvelle fois sur le bouton, plus fort cette fois-ci. Toujours aucun mouvement. Les sens en éveil, il réalisa que le couloir était étrangement silencieux ; absents les bruits de pas précipités, absents les éclats de voix, absents le bruit des lits que l'on déplace… seul, au loin, un râle cassait la monotonie du bourdonnement électrique des appareils médicaux. Une sueur froide parcourut son corps. Son instinct lui hurlait que quelque chose n'allait pas.

Au prix d'un effort surhumain, il se déconnecta des tresses de câbles et de tubes, ne gardant qu'un ultime perroquet à baxters pour l'aider à avancer. Pas après pas, il arriva dans le couloir totalement vide. Une voix désespérée, au loin, appelait une infirmière.

Les oreilles de Jimenez bourdonnaient et ses lèvres fourmillaient, alors qu'il poursuivait son investigation, couloir après couloir. À cause de l'effort, des fleurs pourpres ouvraient leurs corolles sur l'avant de sa blouse blanche.

Soudainement, au travers d'une double porte vitrée, il comprit la cause de toute cette situation étrange. Le personnel de l'hôpital était réuni dans le grand hall d'entrée, à genoux, les mains sur la tête.

Des hommes affublés de salopettes et de maquillage de clowns, déambulaient armes au poing. Là, parmi les butors, il le reconnut, l'homme qui lui avait tiré dessus.

Le flic de Gotham s'adossa au mur pour ne pas être vu. Il ne comprenait pas ce que ce type faisait-là. Il n'avait ni la même tenue ni le même air, mais il n'y avait aucun doute, c'était bien lui.

Le contact avec le carrelage froid contre sa colonne lui fit réaliser que sa blouse fermait dans le dos et qu'il ne portait rien en dessous. Il allait crever ici, le cul nu, de surcroît. En toute autre circonstance, il en aurait souri, mais en ce moment, c'était au-dessus de ses forces.

Réunissant son courage et ne voulant pas laisser sa sortie à la providence, il saisit le perroquet à deux mains et fit irruption dans le hall en poussant un cri de guerre… Qui se perdit dans sa gorge au moment où ses jambes se dérobèrent et qu'un voile noir s'abattit devant ses yeux.

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Chronique 8 : La double face des jumeaux 2

Pascal Pentacle (16/08/2023)

Depuis la veille, Karl pistait son jumeau. Il l'avait d'abord cru mort lors de l'ouverture de l'enveloppe du Joker. Cela n'aurait pas été surprenant de la part du clown de Gotham. Il assista à d'interminables suffocations, impuissant, derrière des poubelles. Il maudit Jurgen durant ces longues minutes. Tous deux étaient loin d'être dotés par la nature sur la question de l'intelligence, par contre, de la force, ça, ils en avaient. C'était de naissance, à moins que cela ne vienne des coups que leur père assénait quand ils étaient enfants. Déjà à l'époque, 'Jurg avait pris les décisions. C'était son devoir, disait-il, parce qu'il était l'aîné de quelques minutes. Il expliqua longuement à Karl qu'à deux, ils étaient plus forts que leur daron, qu'ils devaient mettre fin à toute cette violence, se protéger et protéger leur maman.

Cela ne s'était pas du tout passé comme prévu.

Oui, ils s'étaient interposés alors que le paternel usait de sa ceinture, pour une question de repas pas assez quelque chose ou trop autre chose… ce n'était jamais très clair. Oui, à deux, ils étaient plus forts. Non, cela n'avait pas mis fin à la violence. Lorsque leur père fut emporté par les ambulanciers pour une commotion grave, les services de l'enfance décidèrent de leur destin : un foyer pour jeunes délinquants. Là, rien ne s'arrêta, au contraire, tout commença.

Maintenant, son frère gisait au sol, gloussant d'un rire dément, jusqu'à l'inéluctable silence.

Celui-ci n'arriva jamais. Le jumeau se releva en ricanant, épousseta sa veste et s'enfonça dans les ténèbres qui commençaient à s'emparer des rues maudites de Gotham.

Malgré la trahison, malgré le danger qu'il leur faisait courir, Karl ne parvint pas à se résigner à abandonner son frère et se mit à le suivre. Il se débarrassa de son veston bicolore, souillé de sang et trop voyant. D'un geste souple et puissant, il attrapa une échelle d'évacuation d'un immeuble et effectua un rétablissement sur la plateforme métallique où un quidam aérait un beau manteau en laine noir. D'un geste leste, il l'attrapa, l'enfila et passa par-dessus la balustrade pour se réceptionner quelques mètres plus bas. Il fouilla méthodiquement les poches, en sortit un portefeuille qu'il vida des billets verts qu'il contenait avant de le jeter d'un geste désinvolte. Il reporta son attention dans la ruelle. Déjà, les ricanements de son frère s'estompaient au loin. Jurgen avait d'abord rejoint une planque où l'attendaient d'autres clowns du gang du Joker. D'une verrière brisée, Karl vit son frère être vêtu, grimé et briefé. Il était ridicule. S'ensuivit une longue attente, ponctuée de blagues débiles, de bagarres gratuites, de cris et de rires déments. Au matin, une radio grésilla et la voix du Joker donna d'ultimes instructions que le gorille ne put entendre de sa position. Le gang se mit enfin en branle, prit des armes de guerre et s'entassa dans des fourgons. Karl se précipita à la suite des véhicules, mais finit par en perdre la trace. C'est en errant à partir du dernier endroit où un clochard lui avait dit les avoir vus, au prix d'un dollar récupéré dans le manteau, qu'il avait retrouvé les fourgonnettes, abandonnées, devant l'entrée principale du Gotham Central Hospital.

Il en était là, à tenter d'épier l'intérieur du bâtiment pour comprendre ce qui se passait. Il vit alors son frère molester une infirmière à coups de crosse. Il jura dans sa barbe. C'était encore plus débile qu'il ne le pensait. Il n'y avait pas de doute, les deux frères n'étaient pas des enfants de chœur. Depuis le foyer, ils s'étaient créé une certaine réputation et ce n'était pas celle de faire dans la dentelle ni d'avoir des scrupules. Mais attaquer un hôpital, c'était totalement con ! Tôt ou tard, leurs activités menaient irrémédiablement au même endroit : une salle de soin ou un bloc opératoire. De la bonne disposition du personnel soignant allait dépendre la survie et la guérison. C'était du simple pragmatisme : on n’attaque pas les hôpitaux… les animaux non plus, mais c'était pour d'autres raisons. Karl secoua la tête pour chasser ses idées et se concentrer.

Une certitude s'imposa à lui : il devait arrêter son frère, avec ou sans son consentement. Il s'apprêtait à s'élancer quand une voix fluette le cloua au sol.

- Je serais vous, je ne ferais pas ça !

Le caïd se tourna et fit face au gamin qui leur avait filé une raclée la veille. Il portait toujours sa tenue pourrie de Robin, faite d'un vieil équipement de football à peine repeint.

- Qu'est-ce que tu fous-là ? T'as pas de maison, gamin ? C'est dangereux, ici !

- Mon père, il en a rien à foutre de moi, alors ça ne sert à rien que je rentre. Mais je peux être utile ! Je peux être un Robin et quand je serai grand, je serai policier !

- Euh, OK ! Calme-toi, tu vas nous faire repérer. Pourquoi tu me dis que tu ne ferais pas ça à ma place, alors que t'es là ?

- Ce n'est pas du fait d'y aller que je parlais. C'est le fait d'y aller comme ça !

- Comme ça ?

- Ben ouais, comme ça ! Juste avec un manteau, la tête découverte. Tous les justiciers, ils cachent leur identité en portant un masque. Et puis, ils ont une cape ou un truc stylé, quoi ! C'est pour impressionner les vilains.

- Tu crois ?

- Ouais, c'est essentiel. Vous n'avez jamais lu un article sur Batman.

- Non, tu sais, moi, la lecture…mais je l'ai rencontré une fois ou deux… on n’est pas vraiment potes ! répondit le gangster, se souvenant du sentiment de peur qu'il gardait de ses rencontres avec le Chevalier Noir.

Le gamin attrapa un champ opératoire bleu échappé d'une ambulance restée ouverte sur le parking des urgences. Il y fit deux trous rapides, et sans laisser le temps à Karl de réagir, il le lui plaqua sur le visage et le noua dans la nuque.

- Là, c'est mieux. Bon, pour la cape, si tu déboutonnes ton manteau, ça peut le faire. On ne s'est pas déjà vu ?

- J'pense pas ! À trois, on y va !

- Trois !

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